Invitation et programmes
Une chapelle dessinée par un enfant, le long d’un bâtiment de ferme dont la façade s’ouvre sur un coin de jardin. Une sorte d’oratoire probablement construite au XIXème siècle pour la dévotion de la propriétaire de château Barras de l’époque. Laissée à l’abandon elle ne conservait plus qu’une petite croix étoilée en fer forgée au faîtage du toit, quatre murs, trois fenêtres et une porte en bois rongés par l’humidité et un autel en marbre blanc dont le décor évoquait les surplis brodés des prêtres d’autrefois.Elle servait à tout et à rien depuis des années et nous savions que nous voulions lui redonner vie. Nous en avons d’abord restauré l’extérieur en lui donnant une couleur, un ocre jaune clair souligné par la brique pâlie des entourages de fenêtres et de porte. Cette restauration légère lui redonna une présence avant celle de l’intérieur dont les travaux seront terminés cet été.
Les trois fenêtres et l’imposte de la porte malgré leur petite taille appelaient des vitraux et les murs des peintures. Deux artistes se sont imposés par la nature de leur travail. Francis Limérat pour les vitraux, Jean Pierre Schneider pour les « fresques ».
Francis Limérat travaille à «claire-voie» avec des allumettes encadrant ainsi des éclats de vide . Il semblait presqu’incontournable qu’il s’intéresse un jour au vitrail. Cette évidence est devenue réalité et son dessin suspendu dans l’espace s’est intégré aux contraintes de l’architecture, de la lumière et de la technique des vitraux. Francis Limérat a retrouvé dans cet exercice la liberté cursive de ses œuvres jouant du plein et du vide, entrecroisant lignes de force et ridules tremblées pour créer un cloisonné de grisaille. Le regard se prend aux jeux de la lumière qui avec toutes les nuances du sombre au clair devient la voix nue de l’esprit de ce lieu.
Jean Pierre Schneider depuis toujours affirme que pour lui la peinture est un mur qui arrête le regard. Il travaille donc sa pâte de manière à lui donner une texture dense et tout à fait mate. La matité de son œuvre n’est pas sans rappeler celle que l’on retrouve dans l’art de la fresque. Le mur frais absorbe les brillances de la couleur, la poudre de marbre ajoutée à ses pigments opère de la même manière. Elle devient ainsi comme la glaise de la genèse d’où peuvent naître l’eau, le ciel, l’arbre et l’homme enfin. Lui aussi s’imposait naturellement par ce souci qu’il a de poser les questions de notre humanité. L’homme au mouton, la piéta, le corps abandonné à la mort qui en se retournant devient celui de l’envol ou de la chute. Autant de thèmes qui nous rejoignent en même temps qu’ils nous disent, là, que Dieu s’est fait homme. Au-delà de la croyance ou de la non-croyance l’œuvre de Jean Pierre Schneider nous rapproche d’une recherche commune d’un sens à notre présence au monde.
La non-couleur et la couleur, l’abstraction pure et la figuration suggérée, l‘épure et la sensualité, les contraires apparents s’allient pour que vivent l’échange et le partage de la gravité et de la beauté du monde.
Les vitraux sont réalisés par l’atelier Simon Marq à Reims
Exposition des œuvres de ces deux artistes à la galerie.